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French Tech 2030 : ou en est le plan presidentiel ?
Lance en 2021 par Emmanuel Macron avec une enveloppe de 2,5 milliards d'euros, le plan French Tech 2030 devait faire emerger 100 startups de rupture. A mi-parcours, bilan contrasté entre succes industriels et retards reglementaires.

C’etait l’une des promesses fortes du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Le plan French Tech 2030, avec sa dotation de 2,5 milliards d’euros administree par Bpifrance, visait un objectif ambitieux : faire emerger 100 startups a fort contenu technologique capables de devenir des leaders mondiaux. Cinq ans apres le lancement, le cru 2026 merite un examen attentif.
Le plan s’articule autour de quatre piliers. Le premier : le financement de la recherche appliquee, avec 800 millions d’euros consacres a des projets de R&D collaboratifs entre laboratoires publics et startups. Le deuxieme : l’acceleration industrielle, via un fonds de 600 millions dedie a l’industrialisation des innovations deeptech. Le troisieme : l’accompagnement a l’internationalisation. Le quatrieme : la formation des talents.
Sur le plan quantitatif, les chiffres sont encourageants. 78 startups ont ete laureates du programme “DeepTech 2030” depuis 2022, dont 14 en 2025. Elles ont leve au total plus de 4,2 milliards d’euros en cumule, soit un effet de levier de 1 pour 6,7. Parmi elles, trois sont devenues des licornes en 2025-2026.
C’est le cas de Ynsect, specialiste de l’elevage d’insectes pour l’alimentation animale, qui a inaugure en 2025 la plus grande ferme verticale d’insectes du monde a Amiens. Soutenue a hauteur de 45 millions d’euros par le plan, elle a ensuite leve 375 millions aupres d’investisseurs internationaux.
Shift Technology, qui utilise l’intelligence artificielle pour detecter les fraudes a l’assurance, a egalement beneficie du programme. Son algorithme, entraine sur des millions de sinistres, est aujourd’hui utilise par 35 assureurs dans 18 pays. Le plan a financ 12 millions d’euros de R&D, ouvrant la voie a une Serie D de 180 millions.
Troisieme exemple : EcoVadis, la plateforme d’evaluation de la performance RSE des fournisseurs, laureate en 2023. L’entreprise a vu son chiffre d’affaires croitre de 70 % en deux ans et emploie desormais 1 500 personnes.
“French Tech 2030 a change la donne pour les startups industrielles francaises”, estime Paul Midy, depute et auteur d’un rapport sur l’evaluation du plan en 2025. “Avant, les fonds d’investissement preferaient financer du logiciel, plus facile a scaler. Desormais, la deeptech et la hard tech trouvent des financements a la hauteur de leurs besoins.”
Le plan a aussi permis l’emergence de filieres d’excellence. Dans la Greentech, les laureats ont depose 230 brevets en quatre ans. Dans la sante, 18 dispositifs medicaux innovants ont recu le marquage CE. Dans l’aerospatial, la startup Constel’IA developpe des constellations de microsatellites pour le suivi agricole, avec une levee de 90 millions d’euros.
Mais tout n’est pas rose. Un rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 pointait plusieurs faiblesses. La premiere : la complexite administrative. Les dossiers de candidature necessitent en moyenne 180 heures de travail, un frein pour les petites equipes. Deuxieme critique : le manque de visibilite sur les criteres de selection. “On a l’impression de postuler a une loterie”, confie un fondateur deboute a trois reprises.
Le rapport souligne aussi un desequilibre geographique. 62 % des laureats sont situes en Ile-de-France, contre 8 % seulement dans les regions du Sud-Est. “Le plan devait irriguer tous les territoires, mais la realite est que l’ecosysteme reste tres parisien-centre”, note le rapport.
Autre point sensible : l’absence de mesure de l’impact economique reel. Si les levees de fonds sont impressionnantes, peu d’indicateurs permettent de savoir si ces startups creent des emplois durables et contribuent a la reindustrialisation du pays. Un observatoire independant doit etre mis en place d’ici fin 2026.
Enfin, la question du “french bias” reste posee. Plusieurs laureats peinent a se developper a l’international, faute de reseaux commerciaux et de talents bilingues. “Le plan nous a aides a developper la technologie, mais pas a la vendre aux Etats-Unis ou en Asie”, regrette un CEO d’une startup deeptech rennaise.
Pour la suite, le gouvernement a annonce une enveloppe supplementaire de 500 millions d’euros dans le cadre du budget 2027, avec un accent accru sur trois secteurs : l’IA frugale, la biotech et les nouveaux materiaux. Une enveloppe specifique de 100 millions sera dedice a l’accompagnement a l’export.
French Tech 2030 a incontestablement accelere la maturation de l’ecosysteme deeptech francais. Mais la veritable mesure de son succes ne sera connue que dans cinq ans, quand les laureats actuels seront devenus — ou non — des champions mondiaux. La France a les moyens de sa technologie. Lui manque encore la culture du passage a l’echelle.
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