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Toulouse : aerospatiale et deep tech, le nouveau decollage
Capitale europeenne de l'aerospatiale, Toulouse mise sur la deep tech pour diversifier son economie. Entre heritage industriel et innovation de rupture, la ville rose voit emerger une nouvelle generation de startups.

Toulouse est connue dans le monde entier comme la capitale de l’aeronautique et du spatial. La ville abrite le siege d’Airbus, le Centre National d’Etudes Spatiales et l’une des plus fortes concentrations d’ingenieurs d’Europe. Mais depuis quelques annees, un phenomene nouveau emerge : la deep tech toulousaine sort de l’orbite aerospatiale pour investir la sante, l’energie et l’agriculture.
L’ecosysteme startup toulousain compte desormais 1 200 startups, dont 45 % sont classee dans la deep tech et la hard tech. Les levees de fonds ont atteint 280 millions d’euros en 2025, en hausse de 35 % sur un an. Deux licornes sont nees sur les bords de la Garonne depuis 2024.
“Toulouse a un ADN technologique unique en France”, explique Pierre Gadonneix, president de French Tech Toulouse. “Nous avons des ingenieurs, des laboratoires et des donnees industrielles en quantite. Le verrou etait culturel : il fallait convaincre les chercheurs et les techniciens que creer une startup etait une option aussi valorisante que de faire carriere dans un grand groupe.”
La force de Toulouse repose sur ses sept grands poles de competitivite : Aerospace Valley (aerospatial), Cancer-Bio-Sante (biotechnologies), Agri Sud-Ouest Innovation (agrotech), et Hydrohub (hydrogene). Ces poles mettent en relation laboratoires publics, grands groupes et startups, creant un terreau fertile pour l’innovation de rupture.
Loft Orbital est l’une des success stories les plus emblematiques. Cette startup propose un service de “sharing economy” pour les satellites : les clients peuvent deployer leurs charges utiles sur des satellites partages, reduisant les couts de 60 %. Fondee par des anciens d’Airbus et du CNES, elle a leve 140 millions d’euros et emploie 200 personnes a Toulouse et San Francisco.
Dans la sante, Imactiv developpe des nanomedicaments pour le traitement du cancer, issus des travaux du laboratoire de chimie de l’Universite Paul Sabatier. La startup a leve 35 millions d’euros en 2025 et debute les essais cliniques. “Toulouse est un des meilleurs endroits au monde pour la recherche en oncologie”, affirme son fondateur, le professeur Remi Delisle.
Le spatial reste bien sur un pilier. Constel’IA, laureate du plan French Tech 2030, developpe une constellation de microsatellites equipes d’IA embarquee pour le suivi agricole. Son premier satellite doit etre lance en 2027. “Notre technologie permettra aux agriculteurs de connaitre l’etat de sante de chaque parcelle en temps reel”, explique sa CEO, Elodie Fontani.
L’agriculture et l’agroalimentaire sont en pleine transformation. AgriSense propose des capteurs IoT pour l’irrigation intelligente, avec des economies d’eau de 30 % constatees chez ses 200 clients agriculteurs. Ynsect, bien qu’originaire de la region parisienne, a choisi Toulouse pour son deuxieme site de production, profitant de l’ecosysteme agritech local.
Un element cle de la dynamique toulousaine est la presence de fonds d’investissement specialises. IRDI Capital Investissement, base a Toulouse, gere 350 millions d’euros dedies aux startups deeptech du Grand Sud-Ouest. Le fonds Aerospace Innovation, porte par Airbus et Bpifrance, investit 200 millions dans les startups aerospatiales.
“Nous avons un pipeline de deals de qualite exceptionnelle”, assure un analyste d’IRDI. “Les projets toulousains sont souvent plus matures technologiquement que leurs equivalents parisiens, parce qu’ils sont issus de vraies R&D industrielles.”
L’incubateur toulousain le plus actif est Toulouse Tech Hub, porte par la Metropole et Toulouse Business School. Il accueille 80 startups par an et offre un programme d’accompagnement specifique pour les projets deeptech. Son taux de survie a trois ans est de 72 %, bien au-dessus de la moyenne nationale.
Les talents sont un autre atout. Toulouse forme 8 000 ingenieurs et docteurs par an, issus de l’ISAE-Supaero, de l’INP Toulouse, de l’ENSEEIHT et de l’Universite Paul Sabatier. Plusieurs de ces ecoles ont integre l’entrepreneuriat dans leur cursus obligatoire.
“Quand j’etais etudiant a Supaero, personne ne parlait de startup. C’etait Airbus ou rien”, se souvient un fondateur. “Aujourd’hui, ma fille suit un module ‘Entrepreneuriat’ en deuxieme annee. Les mentalites ont change en une generation.”
Reste que Toulouse doit encore renforcer son attractivite aupres des talents internationaux et des investisseurs etrangers. La ville pâtit de sa taille intermediaire et de sa localisation geographique, loin des grands centres de decision. “Quand vous levez une Serie B, les fonds internationaux veulent vous voir dans leurs bureaux a Paris, Londres ou San Francisco”, reconnait un CEO toulousain. “Nous devons faire le deplacement, c’est un cout et une perte de temps.”
Malgre ces defis, Toulouse s’affirme comme un modele d’innovation technologique ancree dans les filieres d’excellence. Une formule qui pourrait bien faire des emules dans d’autres villes industrielles francaises.
Lyon, capitale economique des startups francaises



