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Clean tech : les startups vertes qui émergent
Hydrogène vert, recyclage chimique, capture de CO2, agrivoltaïsme... Les startups françaises de la clean tech attirent des montants records : 2,3 milliards d'euros levés en 2025.

La transition écologique est devenue le nouvel eldorado des startups françaises. Selon le baromètre Green20 réalisé par le cabinet Oliver Wyman, les clean tech — ces startups qui développent des solutions environnementales — ont levé 2,3 milliards d’euros en 2025, en hausse de 34% par rapport à 2024. Un montant qui place la France au deuxième rang européen derrière l’Allemagne et devant le Royaume-Uni.
« Nous assistons à un basculement historique. L’écologie n’est plus une contrainte réglementaire ou un coût, c’est un marché en pleine expansion et une opportunité économique majeure », analyse Claire Waysand, directrice générale adjointe d’Engie. Les investisseurs l’ont bien compris : les fonds dédiés à la clean tech ont collecté 4 milliards d’euros en Europe en 2025, dont 800 millions en France.
Les secteurs qui décollent
La clean tech n’est pas un secteur monolithique mais regroupe plusieurs verticales aux dynamiques contrastées. L’hydrogène vert reste le segment le plus dynamique, avec 780 millions d’euros levés en 2025. La startup HysetCo, spécialisée dans les stations de distribution d’hydrogène pour les véhicules, a levé 150 millions d’euros et déploie son réseau dans toute l’Europe, avec 50 stations opérationnelles en France et en Belgique.
Le recyclage chimique est le deuxième segment en croissance. « Les méthodes traditionnelles de recyclage mécanique atteignent leurs limites. Le recyclage chimique permet de traiter des plastiques jusqu’ici non recyclables et de produire des matériaux de qualité vierge », explique un expert. Une startup française a développé un procédé breveté qui permet de recycler à l’infini le PET, le plastique des bouteilles, sans perte de qualité. La startup a levé 60 millions d’euros en 2025 et construit sa première unité industrielle dans les Hauts-de-France.
La capture et le stockage du CO2 (CCS) émergent comme un secteur prometteur. Plusieurs startups françaises travaillent sur des technologies de capture directe dans l’air (DAC), un marché qui pourrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 2035 selon l’Agence Internationale de l’Énergie. Une startup française a développé un procédé utilisant des filtres à base de matériaux biosourcés pour capturer le CO2 atmosphérique à un coût inférieur à 100 euros la tonne.
L’agrivoltaïsme, la filière qui monte
L’agrivoltaïsme — la cohabitation entre production agricole et panneaux solaires — connaît un essor fulgurant. Une trentaine de startups françaises se disputent ce marché, porté par la loi d’accélération des énergies renouvelables de 2023. « Nous installons des panneaux solaires surélevés qui protègent les cultures des aléas climatiques — grêle, canicule, gel — tout en produisant de l’électricité », explique le fondateur d’une startup du secteur.
Les études agronomiques montrent que les rendements agricoles augmentent de 20% à 30% sous les panneaux, grâce à une meilleure gestion de l’eau et de la température. Le marché français de l’agrivoltaïsme est estimé à 1,5 milliard d’euros en 2026, avec un potentiel de 10 milliards d’euros d’ici 2035. Plusieurs projets pilotes sont en cours dans la région Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie.
Les startups qui changent la donne
Plusieurs pépites françaises se distinguent sur la scène internationale. La startup de batterie solide a levé 200 millions d’euros en 2025 pour construire sa première gigafactory en région Grand Est. « Notre batterie stocke deux fois plus d’énergie qu’une batterie lithium-ion classique, avec une durée de vie trois fois supérieure et sans risque d’incendie », promet son CEO. La production doit démarrer en 2027 avec une capacité initiale de 5 GWh par an.
Dans le domaine de l’énergie marine, une startup bretonne a développé une hydrolienne capable de produire de l’électricité à partir des courants marins, avec un coût de production déjà compétitif par rapport à l’éolien offshore. Après des tests concluants dans le Passage du Fromveur en Bretagne, la startup prépare le déploiement d’une ferme pilote de 10 hydroliennes au large de la pointe bretonne.
Une autre startup, spécialisée dans la méthanisation agricole, a levé 50 millions d’euros pour déployer 200 unités de production de biogaz dans les fermes françaises. « Chaque unité permet à un agriculteur de valoriser ses déchets organiques et de générer un revenu complémentaire de 30 000 euros par an, tout en produisant une énergie renouvelable locale », explique son fondateur.
Le financement, un défi permanent
Malgré l’engouement, les clean tech restent confrontées à des défis de financement spécifiques. « Les technologies propres nécessitent des investissements lourds en capital avant de générer du revenu. C’est un profil de risque que beaucoup d’investisseurs classiques ne maîtrisent pas », explique un capital-risqueur spécialisé.
Les VC traditionnels, habitués au modèle SaaS avec des marges élevées et un time-to-market rapide, peinent à s’adapter. « Une startup industrielle a besoin de 5 à 10 fois plus de capital qu’une startup logicielle pour arriver au même stade de développement. Les durées sont plus longues et les risques techniques plus importants », compare un expert. Pour répondre à ce défi, Bpifrance a lancé en 2024 un fonds dédié aux clean tech de 1 milliard d’euros, adossé au plan France 2030.
Le rôle de la commande publique
La commande publique joue un rôle clé dans le développement des clean tech. Plusieurs startups ont décroché des contrats structurants avec des collectivités locales. « La métropole de Lyon a signé un contrat de 5 ans avec une startup de recyclage chimique pour traiter ses déchets plastiques. Ce type d’engagement est crucial pour passer de l’innovation de laboratoire à l’innovation industrielle », illustre un élu local.
Le gouvernement a annoncé en 2025 que 15% des marchés publics seraient réservés aux startups et PME innovantes dans le domaine environnemental. Une mesure qui pourrait générer plusieurs centaines de millions d’euros de commandes pour les clean tech françaises. Plusieurs régions, dont l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes, ont déjà mis en place des clauses environnementales dans leurs appels d’offres.
La mobilite durable
Le secteur de la mobilite durable est un axe majeur des clean tech francaises. Des startups travaillent sur les bornes de recharge intelligentes les vehicules electriques legers et les solutions de mobilite partagee.
Une startup francaise a developpe une borne de recharge ultrarapide capable de recharger une batterie a 80% en 15 minutes. Nous installons 1 000 bornes en France et en Allemagne en 2026 avec un modele economique base sur la vente d electricite et non sur la subvention explique son fondateur.
L economie circulaire
Au-dela du recyclage chimique les startups de l economie circulaire reinventent nos modes de production et de consommation. Des plateformes de reparation de reemploi et de location de produits emergent.
Une startup francaise a cree la premiere marketplace de pieces detachees reconditionnees pour l electromenager. Nous evitons 10 000 tonnes de dechets par an et faisons economiser 30% aux consommateurs par rapport au prix du neuf explique sa fondatrice.
Les biomateriaux
Les startups francaises sont a la pointe du developpement de biomateriaux alternatifs au plastique et aux materiaux polluants. Cuir de champignon emballage a base de residus agricoles textile a partir de marc de cafe les innovations foisonnent.
Notre cuir vegetal a base de feuilles d ananas est utilise par des marques de luxe francaises pour remplacer le cuir animal. Il est 100% biodegradable et sa production emet 90% moins de CO2 explique le fondateur d une startup specialisee.
Perspectives 2026-2027
L’avenir des clean tech françaises est prometteur mais conditionné à plusieurs facteurs. Le premier est la capacité à industrialiser les solutions. « Nous avons des innovations de classe mondiale, mais nous devons accélérer le passage à l’échelle industrielle. Chaque année de retard nous coûte des parts de marché face aux concurrents chinois et américains », résume un rapport du Conseil national de l’industrie.
Le deuxième enjeu est la formation. Le secteur manque de 15 000 ingénieurs et techniciens spécialisés dans les clean tech, selon une étude de Pôle Emploi. Le troisième enjeu est l’accès aux matières premières critiques. « Les technologies vertes nécessitent des terres rares et des métaux stratégiques dont nous ne maîtrisons pas l’approvisionnement. C’est un risque géopolitique majeur », prévient un expert.
Pour approfondir le sujet, découvrez notre analyse sur Grenoble, nouvel épicentre de la deeptech et notre article sur le plan French Tech 2030.
Les clean tech françaises ont tous les atouts pour devenir des champions mondiaux. Reste à transformer l’essai en passant de l’innovation de laboratoire à l’industrialisation à grande échelle.



