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Startups de la défense : un secteur qui s'ouvre

Drones, cybersécurité, spatial militaire : les startups françaises investissent un secteur longtemps dominé par les industriels historiques. Un marché de 600 millions d'euros en 2025.

Drone militaire en vol au-dessus d'un paysage urbain, technologie de défense française

La guerre en Ukraine a agi comme un électrochoc pour le secteur de la défense français. Le conflit a démontré le rôle crucial des technologies civiles et des innovations de rupture dans la conduite des opérations militaires. Résultat : le secteur de la défense, longtemps verrouillé par quelques industriels historiques comme Dassault, Thales, Naval Group et MBDA, s’ouvre désormais aux startups. En 2025, les jeunes pousses françaises de la défense ont levé 600 millions d’euros, selon le baromètre Deftech, soit une augmentation de 45% par rapport à 2024.

« L’innovation dans la défense ne peut plus venir uniquement des grands groupes industriels. Les startups apportent une agilité, une rapidité d’exécution et une capacité à prendre des risques que les industriels historiques n’ont pas. Dans un conflit moderne, la vitesse d’innovation est un facteur stratégique », analyse le général d’armée, ancien chef d’état-major.

Un changement de paradigme

Pendant des décennies, la base industrielle et technologique de défense (BITD) française était dominée par une poignée d’acteurs historiques. Les startups étaient quasiment absentes du paysage, découragées par les barrières à l’entrée : cycles de vente interminables, certifications coûteuses, secret-défense. Tout a changé à partir de 2022, avec la guerre en Ukraine comme catalyseur.

Le Livre blanc sur la défense paru en 2023 a explicitement mentionné la nécessité d’intégrer les startups dans l’écosystème de défense. Le ministère des Armées a créé en 2024 l’Agence de l’Innovation de Défense (AID), dotée d’un budget de 1,2 milliard d’euros sur trois ans. « L’objectif est de capter les innovations de rupture issues des startups, qui peuvent faire la différence sur le champ de bataille moderne. Nous avons mis en place des procédures accélérées pour contracter avec elles », explique un responsable de l’AID.

Les chiffres témoignent de cette ouverture : le nombre de startups référencées comme fournisseurs du ministère des Armées est passé de 45 en 2020 à plus de 300 en 2026. « C’est une révolution culturelle dans un secteur qui était très fermé », commente un expert.

Les domaines qui attirent

Le secteur le plus dynamique est celui des drones. Une trentaine de startups françaises travaillent sur des drones civils et militaires, allant du nano-drone de reconnaissance au drone cargo de plusieurs tonnes. La startup Delair, basée à Toulouse, a remporté plusieurs appels d’offres de l’armée française pour des drones de reconnaissance à longue endurance. « Notre drone peut voler pendant 12 heures avec une portée de 200 kilomètres. Il embarque des capteurs optroniques et radar qui permettent une surveillance en temps réel », détaille son fondateur.

La cybersécurité est le deuxième secteur stratégique, avec une trentaine de startups spécialisées dans la défense. Des startups comme Tehtris, Gatewatcher ou HarfangLab collaborent avec l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) pour protéger les infrastructures critiques. « La menace cyber est devenue existentielle pour les armées. Les startups ont une longueur d’avance sur les menaces émergentes car elles sont plus agiles que les grands groupes », estime un expert.

Le spatial militaire est le troisième axe stratégique. La startup Unseenlabs, spécialisée dans la géolocalisation par radiofréquence, travaille avec le Commandement de l’Espace français pour la surveillance des satellites et la détection des activités spatiales hostiles. « Avec la multiplications des satellites et des débris spatiaux, le besoin de surveillance de l’espace est devenu critique », explique son CEO.

Les dispositifs qui facilitent l’accès au marché

Plusieurs initiatives publiques ouvrent la voie aux startups. Le fonds Definvest, doté de 500 millions d’euros, co-investit aux côtés de fonds privés dans les startups de la défense. En 2025, il a investi dans 15 startups pour un montant total de 120 millions d’euros. Le programme « Rapid », piloté par l’AID, permet aux startups de bénéficier d’un financement rapide — moins de 6 mois — pour développer des prototypes.

« Nous avons réduit les délais administratifs de 18 mois à 6 mois. C’est une révolution pour les startups qui ne peuvent pas attendre des années avant d’obtenir un premier contrat », se félicite un responsable. Le label « Jeune Entreprise Innovante de Défense » (JEID), créé en 2024, offre des avantages fiscaux aux startups du secteur. Une quarantaine d’entreprises en bénéficient déjà.

Les obstacles qui persistent

Malgré ces avancées, les startups de la défense font face à des obstacles spécifiques. Le premier est le temps long des cycles d’achat militaro-industriels : 3 à 5 ans entre le premier contact et la signature d’un contrat significatif. « Une startup qui doit survivre avec 18 mois de trésorerie ne peut pas attendre 5 ans. Il faut adapter les processus d’achat à la réalité économique des startups », plaide un fondateur.

Le deuxième obstacle est le coût de la certification. Pour vendre à l’armée, les produits doivent être qualifiés selon des normes exigeantes, ce qui peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros. « Une certification de cybersécurité peut coûter 200 000 euros et prendre 18 mois. C’est un investissement que toutes les startups ne peuvent pas se permettre », explique un expert.

Le troisième obstacle est le secret-défense. « Travailler avec des startups pose des problèmes de sécurité. Il faut s’assurer que les données sensibles ne fuient pas, et que les actionnaires étrangers n’aient pas accès à des informations classifiées. Cela complexifie les relations contractuelles », explique un expert juridique.

Les financements privés affluent

Les fonds de capital-risque s’intéressent de plus en plus au secteur de la défense. Le fonds Definvest est abondé par des investisseurs institutionnels comme la Caisse des Dépôts, des assureurs et des fonds de pension. Des fonds privés dédiés ont émergé, comme un fonds qui a levé 150 millions d’euros en 2025 pour investir exclusivement dans les startups de la défense et de la sécurité.

« C’est un secteur qui offre des barrières à l’entrée élevées, des marges confortables et une visibilité à long terme grâce aux budgets de défense qui ne cessent d’augmenter », explique son gérant. Les business angels spécialisés sont aussi de plus en plus nombreux. Anciens militaires ou industriels du secteur, ils apportent à la fois leur expertise, leur réseau et leur compréhension des contraintes du métier.

La guerre electronique et la guerre cognitive

Au-dela des drones et de la cybersecurite les startups francaises investissent des domaines plus specifiques comme la guerre electronique et la guerre cognitive. Des startups developpent des technologies de brouillage de detection et de leurrage des systemes adverses.

La guerre moderne se joue aussi dans le domaine cognitif. Des startups travaillent sur la detection des manipulations de l information et la lutte contre la desinformation orchestrée par des Etats hostiles explique un expert.

L IA au service de la defense

L intelligence artificielle est un axe strategique pour la defense. Plusieurs startups francaises developpent des algorithmes d IA pour l analyse du renseignement la prise de decision tactique et la conduite autonome de drones.

Notre IA est capable d analyser des milliers d images satellite en quelques secondes et d identifier des cibles potentielles avec une precision de 98% explique le fondateur d une startup specialisee dans le renseignement d origine image. Ces technologies posent des questions ethiques majeures mais elles offrent un avantage operationnel decisif.

Le spatial militaire

Le domaine spatial est devenu un theatre d operations a part entiere. Des startups francaises comme Unseenlabs developpent des capacites de surveillance de l espace de detection de satellites hostiles et de protection des actifs spatiaux.

Le nombre de satellites en orbite a ete multiplie par 10 en cinq ans. La surveillance de l espace est devenue un enjeu de souverainete nationale explique un expert du Commandement de l Espace francais.

Perspectives 2026-2027

Le secteur des startups de la défense est appelé à se structurer rapidement. Une fédération professionnelle, la French Tech Défense, a été créée en 2025 pour représenter les intérêts des jeunes pousses du secteur auprès des pouvoirs publics et des industriels. « D’ici 2030, nous voulons que 20% des budgets d’innovation de la défense soient captés par les startups, contre 5% aujourd’hui », ambitionne un haut responsable du ministère.

Pour en savoir plus sur l’écosystème deep tech, lisez notre article sur Grenoble, nouvel épicentre de la deeptech et notre analyse du plan French Tech 2030.

La défense n’est plus un secteur interdit pour les startups. C’est au contraire un marché en pleine expansion, soutenu par des budgets en croissance et une volonté politique forte. La France peut y créer des champions mondiaux qui conjuguent souveraineté nationale et succès commercial.

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