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Les startup studios : le nouveau modele d'entrepreneuriat qui monte

Plutot que de creer une startup seul, des entrepreneurs en serie montent des startup studios pour en batir plusieurs en parallele. Un modele qui represente deja 12 % des nouvelles startups en France.

Photo d'une equipe reunie autour d'une table dans un startup studio, post-its et schemas au mur

Ils s’appellent eFounders, Hexa, Kima Ventures ou Jaina. Leur metier : creer des startups en serie. Le modele du startup studio, aussi appele “venture builder”, connait un essor remarquable en France. Selon une etude du cabinet EY, 12 % des startups creees en 2025 sont issues de ces structures, contre seulement 3 % en 2020.

Le principe est simple : un studio identifie une opportunite de marche, recrute un cofondateur operationnel, fournit le capital initial, les competences techniques et le reseau commercial, puis accompagne la startup jusqu’a son autonomie. En echange, le studio prend une participation de 30 a 50 % du capital.

Contrairement a l’incubateur classique qui se contente d’heberger et de conseiller, le studio est actionnaire et implique dans la gestion quotidienne. “Nous ne sommes pas des coaches, nous sommes des cofondateurs”, resume Thibaud Elziere, cofondateur d’eFounders, pionnier du modele en France. “Notre metier est de reduire le risque entrepreneurial en reappliquant les memes recettes a plusieurs projets.”

Les chiffres d’eFounders parlent d’eux-memes. En douze ans, le studio a lance 35 startups, dont 15 ont depasse les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et 4 sont devenues des licornes. Parmi elles, Qonto est la plus emblematique : creee en 2016 au sein du studio, la neobanque pour PME est aujourd’hui valorisee plus de 5 milliards d’euros.

Hexa, anciennement eFounders, a poursuivi sur cette lancée en levant 200 millions d’euros en 2024 pour financer ses futures creations. Le studio se concentre sur quatre verticales : la fintech, la HR tech, l’IA et la climate tech. “Chaque studio a sa these d’investissement”, explique Quentin Nickel, directeur general d’Hexa France. “Nous ne lancons pas de projets au hasard. Nous passons six mois a analyser un secteur avant de recruter un cofondateur.”

Le modele du startup studio attire aussi des entrepreneurs qui souhaitent limiter les risques de l’aventure individuelle. “Creer une startup seul, c’est 90 % de chances d’echec. Avec un studio, on mutualise les ressources et on evite les erreurs classiques”, temoigne Sarah Meimoun, cofondatrice de la startup Neofa, lancee par le studio parisien Jaina.

Neofa propose une plateforme de financement participatif pour les PME industrielles. En six mois, l’equipe est passee de 2 a 25 personnes et la plateforme a deja finance 12 projets pour un montant total de 8 millions d’euros. “Sans le studio, nous n’aurions jamais pu avancer aussi vite. Ils nous ont fourni le CRM, le legal, le recrutement et les premiers contacts commerciaux.”

Un modele qui a ses limites, pourtant. La prise de participation majoritaire du studio peut generer des tensions lorsque la startup commence a rencontrer le succes. Plusieurs fondateurs issus d’eFounders ont confie que la gouvernance etait parfois difficile a gerer, le studio conservant un droit de veto sur les decisions strategiques.

Autre critique : le modele peut encourager la standardisation au detriment de l’innovation de rupture. “Les studios ont tendance a reproduire les memes schemas qui ont marche. C’est efficace, mais cela laisse peu de place aux approches radicalement differentes”, analyse Sophie Binet, professeure a HEC Paris et specialiste des ecosystemes entrepreneuriaux.

Les chiffres semblent pourtant donner raison aux studios. Selon une etude de Boston Consulting Group, les startups issues de studios ont un taux de survie a cinq ans de 68 %, contre 44 % pour la moyenne des startups. Elles levent en moyenne 2,5 fois plus de fonds que leurs consoeurs independantes.

La France compte desormais une vingtaine de startup studios actifs, contre une demi-douzaine en 2020. Outre Hexa et Jaina, on peut citer Kima Ventures (qui a investi dans plus de 1 500 startups), The Family (qui a pivote vers un modele hybride), ou encore le recent studio industriel Hardtech Factory, dedie aux startups de la manufacturing tech.

Le phenomene commence a interesser les grands groupes. BNP Paribas a lance son propre studio interne, “BNP Startup Studio”, qui a deja donne naissance a trois startups dans les domaines de la banque mobile, de l’assurance et de la data. “Les grands groupes realisent qu’ils ne peuvent pas innover seuls. Le studio est un moyen d’externaliser la creation tout en gardant un lien capitalistique”, remarque un consultant en innovation.

A l’international, le modele est encore plus developpe aux Etats-Unis et en Allemagne. Rocket Internet, le studio allemand a l’origine de Zalando et HelloFresh, a cree plus de 100 entreprises. La France, malgre un retard initial, semble rattraper son retard. Avec un atout : une culture de la cooperation et des liens etroits avec les grandes ecoles qui facilitent le recrutement de profils d’exception.

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