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Le marche de l'energie en France : renouvelables et nucleaire, la double strategie
Entre le renouveau nucleaire annonce par le president et l'explosion des capacites solaires et eoliennes, le marche francais de l'energie vit une transformation industrielle sans precedent depuis les Trente Glorieuses.

Le marche francais de l’energie connait en 2026 une mutation profonde. Entre le lancement du programme de construction de six nouveaux reacteurs EPR2, l’essor des energies renouvelables et la volatilite des prix de l’electricite, les equilibres du secteur se recomposent a un rythme inedit.
Un marche en pleine recomposition
Selon le dernier rapport de la Commission de Regulation de l’Energie (CRE), le marche de gros de l’electricite en France a atteint 125 euros par MWh en moyenne sur le premier semestre 2026, en baisse de 35% par rapport au pic de 2025 mais encore 80% au-dessus du niveau d’avant-crise de 2021.
La consommation electrique francaise s’est etablie a 460 TWh en 2025, en legere hausse de 1,2% par rapport a 2024. “L’electrification des usages, notamment dans les transports et l’industrie, compense les gains d’efficacite energetique”, analyse le directeur des etudes de RTE.
La production electrique francaise reste dominee par le nucleaire (62%), suivie par l’hydraulique (12%), l’eolien (10%), le solaire (6%), le gaz (5%) et les autres sources (5%). La part des renouvelables a atteint 28% de la production totale, en hausse de 4 points par rapport a 2024.
Le renouveau nucleaire se concretise
Le programme EPR2, annonce par le president de la Republique en 2022, est entre dans sa phase operationnelle. EDF a commence en mars 2026 les travaux de terrassement du premier des six nouveaux reacteurs, sur le site de Penly en Normandie.
Le cout du programme est estime a 64 milliards d’euros, dont 52 milliards pour la construction des reacteurs et 12 milliards pour les infrastructures de support. Le financement est assure par l’Etat, EDF et un consortium de banques europeennes.
“Le chantier de Penly mobilisera 8 000 personnes en pointe d’activite”, explique le directeur du programme nouveau nucleaire d’EDF. “Nous avons appris des retards de Flamanville 3 et de l’EPR finlandais. Les methodes de construction ont ete revues avec un recours accru a la prefabrication et au numerique.”
Le projet EPR2 integre des innovations majeures : une puissance unitaire de 1 650 MW contre 1 200 MW pour les reacteurs historiques, un rendement ameliore de 2%, et des systemes de surete de nouvelle generation. Le premier reacteur devrait entrer en service en 2037.
Parallelement, EDF a engage un programme de prolongation de la duree de vie de ses reacteurs existants de 40 a 60 ans. “Trente-deux de nos 56 reacturs sont candidats a la prolongation, representant 29 GW de capacite”, precise la direction. Le cout du programme est estime a 12 milliards d’euros sur 15 ans.
Le solaire photovoltaique en explosion
Le marche du solaire photovoltaique connait une croissance spectaculaire en France. Selon le syndicat des energies renouvelables (SER), la capacite installee a atteint 25 GW en juin 2026, contre 18 GW un an plus tot. L’objectif de 100 GW en 2050, fixe par la programmation pluriannuelle de l’energie, parait desormais atteignable.
Les prix des panneaux solaires ont chute de 60% en trois ans, passant de 0,30 euro/Wc en 2023 a 0,12 euro/Wc en 2026. “La parite reseau est atteinte dans la plupart des regions francaises”, se felicite la presidente du SER.
Le marche de l’agrivoltaisme est en plein essor. La societe lyonnaise Sun’Agri a equipe 180 exploitations agricoles en panneaux solaires sur serres et sur cultures, representant une capacite de 450 MW. “Nos installations protegent les cultures des aleas climatiques tout en produisant de l’electricite”, explique le fondateur.
Les projets de centrales au sol se multiplient. Engie a mis en service en mai 2026 la plus grande centrale solaire de France a Cestas (Gironde), d’une capacite de 400 MW, soit l’equivalent de la consommation de 150 000 foyers. Le projet a mobilise un investissement de 320 millions d’euros.
L’eolien offshore prend son envol
L’eolien offshore est le segment le plus dynamique du marche des renouvelables francais. La capacite installee a atteint 5 GW en 2026, contre 2 GW en 2024. Six parcs sont en operation et huit sont en construction.
Le parc de Saint-Nazaire, premier parc eolien offshore francais mis en service en 2022, produit 1,5 TWh par an, soit l’equivalent de la consommation de 700 000 habitants. Son cout de production a baisse de 25% depuis sa mise en service, passant de 120 euros/MWh a 90 euros/MWh.
EDF Renouvelables, filiale verte d’EDF, a remporte en 2025 l’appel d’offres pour le parc offshore de Dunkerque, d’une capacite de 600 MW. Le projet, d’un montant de 2,8 milliards d’euros, sera equipe d’eoliennes de 15 MW chacune, les plus puissantes jamais installees en France.
“L’eolien offshore est devenu competitif sans subvention”, analyse le directeur general d’EDF Renouvelables. “Les couts ont ete divises par trois en dix ans, et la filiere industrielle francaise se structure.”
La transition du marche du gaz
Le marche du gaz naturel est en declin structurel en France. La consommation a baisse de 8% en 2025, a 380 TWh, sous l’effet de la sobriete et de l’electrification des usages. GRDF prevoit une baisse de 50% d’ici 2035.
Le reseau gazier se reconvertit progressivement vers le biomethane et l’hydrogene. La France comptait 650 installations de methanisation en 2026, produisant 12 TWh de biomethane, soit l’equivalent de 3% de la consommation de gaz. L’objectif est d’atteindre 20% en 2030.
La startup grenobloise Lhyfe a inaugure en janvier 2026 la premiere usine de production d’hydrogene vert a grande echelle en France, a Vendeville (Nord). L’usine, d’une capacite de 10 MW, produit 4 tonnes d’hydrogene par jour a partir d’electricite renouvelable. “Notre hydrogene est competitif avec l’hydrogene gris a 7 euros le kilo”, affirme le CEO.
Les prix de l’electricite et la competitivite
Le cout de l’electricite pour les entreprises francaises reste un sujet de preoccupation. Selon le rapport 2026 de France Industrie, le prix de l’electricite pour les industriels français était de 85 euros/MWh en moyenne en 2025, contre 65 euros en Allemagne et 55 euros en Espagne.
Le gouvernement a mis en place en 2026 un nouveau dispositif, l’Acces Regule a l’Electricite Nucleaire Historique (ARENH 2), qui garantit aux entreprises un volume d’electricite nucleaire a prix controle. Le dispositif est critique par la Commission europeenne, qui y voit une aide d’Etat.
“L’enjeu de la competitivite electrique est vital pour notre industrie”, rappelle le president de France Industrie. “La France a l’avantage du nucleaire, mais cet avantage doit se traduire dans les prix.”
Perspectives
Le marche de l’energie en France est a un tournant. Les investissements prevus dans le secteur atteignent 120 milliards d’euros sur la periode 2025-2035, dont 64 milliards pour le nucleaire, 35 milliards pour les renouvelables et 21 milliards pour les reseaux.
La strategie nationale bas-carbone prevoit que la part des renouvelables dans la production electrique atteigne 40% en 2030 et 50% en 2035, tandis que le nucleaire passera de 62% a 50% en 2030 avant de remonter avec la mise en service des EPR2.
Le financement de cette transition repose en partie sur les investisseurs institutionnels. Les fonds souverains et les fonds de pension jouent un role croissant dans le financement des infrastructures energetiques, comme le montre l’analyse des fonds souverains dans la deeptech francaise.
Le marche de l’hydrogene vert
L’hydrogene vert est un marche emergent en France. Selon le cabinet Strategie Hydrogene, le marche francais de l’hydrogene vert devrait atteindre 4 milliards d’euros en 2030, contre 500 millions en 2025.
Le gouvernement a alloue 3,4 milliards d’euros a la filiere hydrogene dans le cadre de France 2030. “Notre objectif est de faire de la France le leader europeen de l’hydrogene vert”, declare le ministre de l’Industrie.
Le groupe McPhy, specialiste des electrolyseurs, a inaugure en 2026 une gigafactory a Belfort, la plus grande usine d’electrolyseurs d’Europe. “Nous produisons 500 MW d’electrolyseurs par an, et nous prevoyons de monter a 2 GW en 2030”, explique le CEO.
Les premiers projets industriels voient le jour. Le consortium “H2 Green Steel” a annonce la construction d’une acierie verte alimentee a l’hydrogene dans le Nord de la France, representant un investissement de 3,8 milliards d’euros. “L’acier produit a l’hydrogene emet 95% de CO2 en moins que l’acier traditionnel”, precise le directeur du projet.
Les enjeux de stockage de l’energie
Le stockage de l’energie est un maillon essentiel de la transition energetique. Selon RTE, la France aura besoin de 10 GW de capacite de stockage en 2035 pour equilibrer son reseau electrique.
Le marche du stockage par batteries connait une croissance exponentielle. TotalEnergies a mis en service en 2026 la plus grande batterie stationnaire de France, a Dunkerque, d’une capacite de 200 MWh. “Notre batterie peut alimenter 50 000 foyers pendant deux heures”, indique la direction.
Les stations de transfert d’energie par pompage (STEP) se developpent. EDF a engage des travaux d’extension de la STEP de Grand Maison, dans l’Isere, pour augmenter sa capacite de stockage de 40%. “Les STEP sont la forme de stockage la plus efficace et la plus durable”, explique le directeur d’EDF Hydro.
La France dispose d’atouts uniques : un mix electrique decarbone a 92%, une filiere nucleaire historiquement maitrisee et un potentiel renouvelable considerable. La transformation en cours est a la hauteur des defis climatiques et industriels du siecle.



